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Jusqu’à présent, nous avons étudié l’évolution d’un Univers homogène, au moins aux très grandes échelles, au-delà d’environ 100Mpc100\,\Mpc. Or, aujourd’hui on observe que la matière est agglomérée sous forme de planètes, étoiles, galaxies, amas de galaxies et super-amas de galaxies. La question qui se pose alors dans ce chapitre est : comment se forment ces structures dans un Univers en expansion ? Si la formation des astres les plus petits implique beaucoup de processus physiques et est très dépendante des conditions initiales locales, il est possible d’élaborer un modèle linéaire simple de l’évolution des structures les plus grandes 50Mpc\sim 50\,\Mpc, comme les amas ou super-amas de galaxies. Pour ce faire, nous allons simplement utiliser une théorie newtonienne des perturbations linéaires, et calculer l’évolution de ces perturbations dans un Univers en expansion.

Échelles de taille et de masse dans l’Univers.

Figure 1:Échelles de taille et de masse dans l’Univers.

1Régime de validité

Toutefois, énonçons les conditions nécessaires à la validité de la théorie newtonienne des perturbations. Une première condition évidente est que la perturbation de la métrique gμνg_{\mu\nu} et du tenseur énergie-impulsion TμνT^{\mu\nu} doit être faible. Dans le cas de la matière non relativiste, cela signifie que les perturbations de la densité δρ\delta \rho doivent rester faibles devant la densité moyenne ρ0\rho_0 i.e. δρ/ρ01\delta \rho/\rho_0 \ll 1. Les perturbations du champ de gravité δϕ\delta \phi sont également faibles devant le champ gravitationnel moyen ϕ0\phi_0 i.e. δϕ/ϕ01\delta \phi / \phi_0 \ll 1.

Mais pour pouvoir revenir à la gravité newtonienne dans un espace-temps homogène en expansion et n’étudier que les perturbations de la densité, il y a une autre condition. La taille des régions étudiées doit être beaucoup plus petite que le rayon de Hubble DH=c/HD_H={c / H}, car en gravitation newtonienne l’interaction se propage instantanément. Si la structure est de taille cosmologique, le temps que l’information d’une région en effondrement ait voyagé jusqu’à ses frontières, le facteur d’expansion change de manière significative : une situation qui ne peut évidemment pas être traitée en utilisant la gravité newtonienne. On ne considère donc que les structures de taille très inférieure à DHD_H pour pouvoir supposer que la force gravitationnelle se propage instantanément dans la structure vis à vis du taux d’expansion de l’Univers.

2Préambule d’acoustique classique

Le champ de matière non-relativiste est décrit par un modèle de fluide parfait. Regarder l’évolution de perturbations dans un fluide parfait, c’est s’intéresser au domaine de l’acoustique. Rappelons-en ici quelques notions utiles.

Dans une description eulérienne des fluides, pour un fluide parfait au repos, on définit son champ de vitesse v(t,r)\vec v(t, \vec r), son champ de pression P(t,r)P(t, \vec r) et son champ de densité massique ρ(t,r)\rho(t, \vec r) comme constants :

v(t,r)=0,P(t,r)=p0,ρ(t,r)=ρ0\vec v(t, \vec r)=\vec 0, P(t, \vec r) = p_0, \rho(t, \vec r) = \rho_0

Par dessus, on superpose des perturbations de faible amplitude :

v(t,r)=v0+δv(t,r)P(t,r)=P0+δP(t,r)ρ(t,r)=ρ0+δρ(t,r)\begin{align*} \vec v(t, \vec r) & = \vec v_0 + \delta \vec v(t, \vec r) \\ P(t, \vec r) & = P_0 + \delta P(t, \vec r) \\ \rho(t, \vec r) & = \rho_0 + \delta \rho(t, \vec r) \\ \end{align*}

Les surpressions engendrées changent l’énergie interne des perturbations et donc leur température, et ce travail des forces de pression permet la propagation de l’énergie acoustique. En acoustique, on mesure que les compressions sont adiabatiques et réversibles, c’est-à-dire que la taille des perturbations est supérieure au libre parcours moyen des particules du fluide: on peut alors négliger la conduction de chaleur. On utilise donc la compressibilité isentropique χS\chi_S au lieu de la compressibilité isotherme χT\chi_T :

χS=1VVPS1ρ0δρδP\chi_S = -\frac{1}{V} \left.\frac{\partial V}{\partial P}\right\vert_S \approx \frac{1}{\rho_0} \frac{\delta \rho}{\delta P}

On en déduit le lien entre perturbations de pression et de densité via la compressibilité isentropique :

δρ=ρ0χSδP\delta \rho = \rho_0 \chi_S \delta P

On a également conservation locale de la masse :

ρt+div (ρv)=0δρt+ρ0div δv=0\frac{\partial \rho}{\partial t} + \diverg \left(\rho \vec v\right) = 0 \Rightarrow \frac{\partial \delta \rho}{\partial t} + \rho_0 \diverg \delta \vec v = 0

Comme le fluide est parfait, sa dynamique est régi par l’équation d’Euler (Navier-Stokes sans viscosité) :

vt+(vgrad )v=1ρgrad P+gδvt=1ρ0grad δP\frac{\partial \vec v}{\partial t} + \left(\vec v \cdot \grad\right)\vec v = - \frac{1}{\rho} \grad P + \cancel{\vec g} \Rightarrow \frac{\partial \delta \vec v}{\partial t} = - \frac{1}{\rho_0} \grad \delta P

où usuellement on néglige la gravitation. En combinant ces trois équations, on obtient une équation de d’Alembert :

2δρt21ρ0χSδρ=0,cs=1ρ0χS\boxed{ \frac{\partial^2 \delta \vec \rho}{\partial t^2} - \frac{1}{\rho_0 \chi_S} \triangle \delta \rho = 0, \quad c_s = \frac{1}{\sqrt{\rho_0\chi_S}} }

avec csc_s la célérité du son.

Pour un gaz parfait et des transformations isentropiques, on utilise la Loi de Laplace PVγ=constantPV^\gamma = \cst avec γ=CP/CV\gamma=C_P / C_V le rapport des capacités calorifiques à pression CPC_P et volume CVC_V constants, aussi appelé l’indice adiabatique. Si les particules du fluide possèdent NdofN_{dof} degrés de liberté (translations, rotations, vibrations) pour stocker de l’énergie sous forme cinétique (thermique), alors l’indice adiabatique vaut γ=1+2/Ndof\gamma = 1+2/N_{dof}. Pour un gaz diatomique comme l’air à température usuelle, il y a Ndof=5N_{dof}=5 degrés de liberté (3 translations et 2 rotations) donc γ=7/5\gamma = 7/5. On en déduit une formule pour la célérité du son fonction de la température et de la masse des particules[1] :

PVγ=constantχS1γP0PV^\gamma = \cst \Rightarrow \chi_S \approx \frac{1}{\gamma P_0}

cs=γP0ρ0=γRTM=γkBTmair\boxed{ c_s = \sqrt{\frac{\gamma P_0}{\rho_0}} = \sqrt{\frac{\gamma RT}{M}} = \sqrt{\frac{\gamma k_B T}{m_{\text{air}}}} }

avec MM la masse molaire du fluide et mairm_{\text{air}} la masse effective d’une particule d’air si c’est le milieu considéré, calculée par :

mair=78%mN2+22%mO2m_{\text{air}} = 78\%\,m_{N_2} + 22\%\,m_{O_2}

3Acoustique dans un espace en expansion avec gravitation

A l’émission du CMB, on constate que l’Univers est un gaz parfait de matière non-relativiste, légèrement inhomogène, avec des surdensités de taille réduite (de l’ordre de δρ/ρ0105\delta \rho / \rho_0 \sim 10^{-5}). Ces fluctuations vont a priori s’accentuer au cours du temps grâce à l’attraction gravitationnelle, pour aboutir à un Univers où le contraste de densité est de l’ordre de δρ/ρ01\delta \rho / \rho_0 \sim 1[2] ( Figure 1,Figure 2). Quels sont les mécanismes permettant cette croissance?

La formation des grandes structures de l’Univers peut être appréhendée par une théorie linéaire des perturbations dans le fluide parfait constitué par la matière non-relativiste après la recombinaison. Pour étudier l’évolution de ces perturbations de densité dans le champ de matière, il s’agit donc de réécrire les équations de l’acoustique précédentes, dans le contexte particulier d’un milieu en expansion et soumis aux lois de la gravité.

An artistic celebration of the Dark Energy Spectroscopic Instrument (DESI) Year 1 data, showing a slice of the larger 3D map that DESI is constructing during its five-year survey. DESI is mounted on the Nicholas U. Mayall 4-meter Telescope at Kitt Peak National Observatory. Credit: DESI Collaboration/KPNO/NOIRLab/NSF/AURA/P. Horálek/R. Proctor

Figure 2:An artistic celebration of the Dark Energy Spectroscopic Instrument (DESI) Year 1 data, showing a slice of the larger 3D map that DESI is constructing during its five-year survey. DESI is mounted on the Nicholas U. Mayall 4-meter Telescope at Kitt Peak National Observatory. Credit: DESI Collaboration/KPNO/NOIRLab/NSF/AURA/P. Horálek/R. Proctor

Figure 3:Cette simulation montre comment la gravité affecte la position des galaxies observées, modifiant ainsi la façon dont la matière s’agglomère pour former les structures cosmiques. Comme différents modèles de gravité prédisent différentes formations des structures, les scientifiques de DESI peuvent comparer les observations avec les prédictions et ainsi tester la gravité aux échelles cosmiques. Credit: Claire Lamman et Michael Rashkovetskyi / DESI collaboration

Systèmes de coordonnées

Les équations de la physique classique sont valables en utilisant des quantités physiques (non comobiles) : distance propre, temps propre, etc... L’utilisation des distances physiques comme système de coordonnées est cependant peu pratique dans un Univers en expansion car temps et distance sont liés. Une méthode plus pratique consiste à écrire ces équations dans l’espace comobile. Notons :

Nous avons les relations suivantes :

r=a(t)σvr=a˙σ+avσ\begin{align} \vec{r}& =a(t) \vec{\sigma} \\ \notag \vec{v}_r& =\dot{a}\vec{\sigma}+a \vec{v}_{\sigma} \end{align}

Bien que le flot de Hubble (premier terme de (11)) ne doit pas être considéré comme une vitesse réelle, il apparaît dans la relation entre vr\vec{v}_r et vσ\vec{v}_{\sigma}. Cela poserait un problème si elle pouvait prendre des valeurs de l’ordre de cc (ou plus grandes). Mais la condition selon laquelle rDH\vec{r} \ll D_H garantit que a˙σc\dot{a}\vec{\sigma} \ll c (voir section Section 1).

Comment passer du système de coordonnées physiques au système de coordonnées comobiles ? La conversion des dérivées partielles spatiales est assez simple :

r=ri=1aσi=1aσ,r2=1a2σ2\nabla_\mathbf{r} = {\partial \over \partial r^i} = {1 \over a} {\partial \over \partial \sigma^i} = \frac{1}{a} \nabla_\sigma,\qquad \nabla^2_\mathbf{r} = \frac{1}{a^2} \nabla^2_{\sigma}

La dérivée partielle temporelle nécessite un examen plus attentif. Écrivons la différentielle d’une fonction du temps et de l’espace quelconque f(t,r)f(t,\vec{r}) :

df=ftrdt+fritdri=ftrdt+fritd(aσi)=ftrdt+1afσit(σida+adσi)=(ftr+a˙a(σσ)f)dt+fσitdσi\begin{align} \dd f&= \left. {\partial f\over \partial t} \right|_\mathbf{r} \dd t + \left.{\partial f\over \partial r^i}\right|_\mathbf{t} \dd r^i \\ &= \left. {\partial f\over \partial t} \right|_\mathbf{r} \dd t + \left.{\partial f\over \partial r^i}\right|_\mathbf{t} \dd(a \sigma^i) \\ &= \left. {\partial f\over \partial t} \right|_\mathbf{r} \dd t + {1 \over a}\left.{\partial f\over \partial \sigma^i}\right|_\mathbf{t} (\sigma^i \dd a + a \dd \sigma^i)\\ &= \left( \left. {\partial f\over \partial t} \right|_\mathbf{r} + {\dot{a} \over a} (\vec{\sigma}\cdot \vec \nabla_{\sigma})f \right) \dd t + \left.{\partial f\over \partial \sigma^i}\right|_\mathbf{t} \dd \sigma^i \end{align}

Donc par identification :

tr=tσH(σσ)\left. {\partial \over \partial t} \right|_\mathbf{r}= \left. {\partial \over \partial t} \right|_{\sigma} - H (\vec{\sigma}\cdot \vec \nabla_{\sigma})

Conservation de la masse

Dans l’espace physique, l’équation de continuité s’écrit :

ρtr+r(ρvr)=0\left.{\partial \rho \over \partial t}\right|_\mathbf{r} + \vec \nabla_\mathbf{r} \cdot (\rho \vec{v}_\mathbf{r})=0

En utilisant la densité comobile ρσ=ρa3\rho_{\sigma}=\rho a^3, nous pouvons exprimer cette équation dans l’espace comobile :

ρσa3tσH(σ.σ)(ρσa3)+1aσ[ρσa3(a˙σ+avσ)]=0\begin{align} \left.{\partial \rho_{\sigma}\, a^{-3} \over \partial t}\right|_{\sigma} - H (\vec{\sigma}.\nabla_{\sigma})(\rho_{\sigma} \, a^{-3})+{1 \over a} \nabla_{\sigma}\left[\rho_{\sigma} \, a^{-3} (\dot{a}\vec{\sigma}+a \vec{v}_{\sigma})\right] &=&0 \end{align}

En introduisant la formule classique du calcul vectoriel

(ϕA)=Aϕ+ϕ A\vec \nabla \cdot (\phi \vec{A})=\vec{A}\cdot \vec \nabla\phi+ \phi\ \vec \nabla \cdot \vec{A}

ϕ\phi est un scalaire et A\vec{A} un vecteur, l’équation ci-dessus se réduit à :

ρσtσ+σ(ρσvσ)=0\boxed{\left.{\partial \rho_{\sigma}\over \partial t}\right|_{\sigma} + \vec \nabla_{\sigma} \cdot (\rho_{\sigma} \vec{v}_{\sigma})=0}

L’équation de continuité prend donc exactement la même forme dans l’espace comobile, en utilisant des variables comobiles. Ce n’est toutefois pas le cas si l’on utilise la vitesse particulière avσa \vec{v}_{\sigma}.

Équation d’Euler

Dans l’espace physique, l’équation d’Euler pour un fluide parfait (non visqueux) autogravitant prend la forme habituelle :

vrtr+(vrr)vr=rϕ1ρrP\left. {\partial \vec{v_r} \over \partial t} \right|_\mathbf{r}+ \left(\vec{v}_r\cdot \vec \nabla_\mathbf{r}\right) \vec{v_r}=-\vec \nabla_\mathbf{r}\phi - \frac{1}{\rho} \vec \nabla_\mathbf{r} P

Dans l’espace comobile, elle se transforme en :

(a˙σ+avσ)tσHσσ(a˙σ+avσ)+(a˙σ+avσ)1aσ(a˙σ+avσ)=1a2σϕσ1aρσP\begin{align*} \left. {\partial (\dot{a}\vec{\sigma}+a\vec{v}_{\sigma}) \over \partial t} \right|_{\sigma} & - H \vec{\sigma}\cdot \vec \nabla_{\sigma}(\dot{a}\vec{\sigma} + a\vec{v}_{\sigma}) + (\dot{a}\vec{\sigma}+a\vec{v}_{\sigma}) \cdot {1 \over a}\vec \nabla_{\sigma} (\dot{a}\vec{\sigma}+a\vec{v}_{\sigma}) \\ & = -{1 \over a^2} \vec \nabla_{\sigma}\phi_{\sigma} - \frac{1}{a \rho} \vec \nabla_{\sigma} P \end{align*}

avec ϕσ=aϕ\phi_\sigma = a \phi le potentiel comobile. En veillant à ce que :

(a˙σ+avσ)tσ=a¨σ+a˙vσ+avσtσ\left. {\partial (\dot{a}\vec{\sigma}+a\vec{v}_{\sigma}) \over \partial t} \right|_{\sigma}=\ddot{a}\vec{\sigma}+\dot{a}\vec{v}_{\sigma}+a \left.{\partial \vec{v}_{\sigma} \over \partial t}\right|_{\sigma}

l’équation d’Euler en coordonnées comobiles se réduit à :

vσtσ+2Hvσ+(vσσ)vσ=1a3σϕσ1a2ρσPa¨aσ\boxed{\left.{\partial \vec{v}_{\sigma} \over \partial t} \right|_{\sigma} + 2 H \vec{v}_{\sigma}+(\vec{v}_{\sigma} \cdot \vec \nabla_{\sigma})\vec{v}_{\sigma}= -{1 \over a^3} \vec \nabla_{\sigma}\phi_{\sigma} - \frac{1}{a^2 \rho} \vec\nabla_{\sigma}P - {\ddot{a} \over a} \vec{\sigma} }

Nous pouvons voir deux termes supplémentaires par rapport à la version de l’équation d’Euler écrite en coordonnées physiques. Le terme supplémentaire 2Hvσ2 H \vec{v}_{\sigma} est une force de traînée créée par l’expansion sur les vitesses comobiles. Le dernier terme ne dépend que de quantités cinématiques, c’est donc une force fictive liée au changement de système de coordonnées, non nulle si et seulement si il n’y a pas d’accélération entre les référentiels (a¨=0\ddot{a}=0). Dans un univers en expansion accélérée (a¨>0\ddot{a}>0), il correspond à une force fictive centripète.

Equation de Poisson

Dans un univers sans constante cosmologique, de la relativité générale on en déduit l’équation de Poisson habituelle dans la limite des champs faibles (38) :

rϕ=4πGρ\triangle_\mathbf{r} \phi = 4 \pi \GN \rho

ϕ\phi est le potentiel gravitationnel. Compte tenu de la relation entre le potentiel et la force newtonienne, le potentiel comobile est naturellement défini comme ϕσ=ϕa\phi_{\sigma}=\phi a, et l’équation de Poisson est également inchangée dans l’espace comobile :

σϕσ=4πGρσ\triangle_{\sigma} \phi_{\sigma} = 4 \pi \GN \rho_{\sigma}

4Théorie newtonienne des perturbations

Solution d’ordre 0

Dans un univers homogène et isotrope, à l’ordre 0 la densité massique ne dépend pas de l’espace et la matière est globalement au repos. Il n’y a donc pas de vitesse particulière globale et l’équation de conservation de la masse dans l’espace comobile (18) admet la solution d’ordre 0 :

ρσ,0=constant,vσ,0=0\rho_{{\sigma},0}= \cst, \qquad \vec{v}_{{\sigma},0}= \vec 0

La densité massique comobile reste donc stationnaire et homogène. L’intégration de l’équation de Poisson (24) en coordonnées sphériques[3] donne :

ϕσ,0=46πGρσ,0σ2\phi_{\vec{\sigma},0} = \frac{4}{6} \pi \GN \rho_{\sigma,0} \sigma^2

Si on utilise les équations de Friedmann (60) :

a¨a=4πG3(ϵ+3P)\frac{\ddot a}{a} = -\frac{4 \pi \GN}{3}(\epsilon + 3P)

pour un Univers dominé par la matière avec Λ=0\Lambda=0 et ϵ=c2ρσ,0a3P\epsilon = c^2 \rho_{\sigma,0} a^{-3} \gg P, on obtient la force dérivée du potentiel gravitationnel :

ϕσ,0=4πGρσ,03σa3a¨aσ-\vec \nabla \phi_{{\sigma},0} = -{4 \pi \GN \rho_{\sigma,0} \over 3 } \vec{\sigma} \approx a^3 \frac{\ddot a}{a} \vec{\sigma}

Le gradient du champ gravitationnel donne à l’ordre 0 une force centrifuge reflétant le caractère répulsif de l’expansion de l’univers.

A partir de l’équation d’Euler (22) et des résultats précédents, on aboutit logiquement à retrouver que σP=0\vec \nabla_\sigma P =\vec 0 donc :

P=constant=P0P = \cst = P_0

consistante avec un Univers homogène.

Solution linéaire d’ordre 1

Considérons de petites perturbations autour de la solution d’ordre zéro :

ρσ=ρ0(1+δ)vσ=v0+δvϕσ=ϕ0+δϕσ,P=P0+δP\rho_{\sigma}=\rho_0(1+\delta) \qquad \vec{v}_{\sigma}=\vec{v}_0+\delta\vec{v} \qquad \phi_{\sigma}=\phi_0 + \delta \phi_{\sigma}, \qquad P = P_0 + \delta P

La quantité δ=δρ/ρ\delta=\delta \rho/\rho est appelée contraste de densité et est très utilisée dans la théorie de la formation des structures. Notons qu’elle a la même valeur dans l’espace physique et dans l’espace comobile. En injectant ces expressions dans les équations de continuité, de Poisson et d’Euler, la solution d’ordre zéro disparait (comme prévu) et en supprimant les termes d’ordre 2, nous obtenons l’ensemble d’équations linéarisées :

δt+σδvr=0{\partial \delta \over \partial t} + \vec{\nabla}_{\sigma} \cdot \delta\vec{v}_r = 0

δvσt+2Hδvσ=1a3σδϕσ1a2ρ0σδP{\partial \delta\vec{v}_\sigma \over \partial t} + 2 H \delta\vec{v}_\sigma = - {1 \over a^3} \vec \nabla_{\sigma} \delta \phi_{\sigma} - \frac{1}{a^2 \rho_0} \vec \nabla_{\sigma} \delta P

σ2δϕσ=4πGρσ,0δ\triangle_{\sigma}^2 \delta \phi_{\sigma} = 4 \pi \GN \rho_{\sigma,0} \delta

En prenant la divergence de l’équation d’Euler linéarisée (34), la dérivée temporelle de l’équation de conservation de la masse linéarisée (33) et en réinjectant l’équation de Poisson (35), nous obtenons finalement :

δ¨+2Hδ˙1a2ρ0σδP=4πGρ0δ\ddot{\delta}+ 2 H \dot{\delta} - \frac{1}{a^2 \rho_0} \triangle_{\sigma} \delta P = 4 \pi \GN {\rho_0 } \delta

On introduit la vitesse du son csc_s dans le milieu pour des compressions adiabatiques :

cs2=PρSδPδρδPcs2ρ0δc_s^2 = \left.\frac{\partial P}{\partial \rho}\right\vert_{S} \approx \frac{\delta P}{\delta \rho}\Rightarrow \delta P \approx c_s^2 \rho_0 \delta

Alors on obtient l’équation de croissance des perturbations dans l’espace comobile :

δ¨+2Hδ˙cs2a2σδ=4πGρ0δ\boxed{ \ddot{\delta}+ 2 H \dot{\delta} - \frac{c_s^2}{a^2} \triangle_{\sigma} \delta = 4 \pi \GN \rho_0 \delta }

Comparons cette équation à l’équation de d’Alembert obtenue en acoustique classique (7). Nous avons deux termes supplémentaires :

Vitesse du son

Dans un Univers dominé par la radiation, les propriétés du gaz relativiste sont :

ρrT4,Pr=ρrc2/3\rho_r \propto T^4, \quad P_r = \rho_r c^2 /3

d’où la vitesse du son dans le plasma relativiste :

cs2=PrρrSc2δρr3δρrcs=c30.58cc_s^2 = \left.\frac{\partial P_r}{\partial \rho_r}\right\vert_{S} \approx \frac{c^2 \delta \rho_r}{3\delta \rho_r} \Rightarrow \boxed{c_s = \frac{c}{\sqrt{3}} \approx 0.58 c}

Juste avant la recombinaison, la propagation des ondes sonores est donc relativiste dans le plasma primordial.

Dans un Univers dominé par la matière non relativiste, les propriétés thermodynamiques des baryons sont :

ρb=nbmb+nbkBT(γb1)c2,Pb=nbkBT\rho_b = n_b m_b + \frac{n_b k_B T}{(\gamma_b -1)c^2},\quad P_b = n_b k_B T

avec mb=(1Yp)mH+YpmHe1.72mpm_b=(1-Y_p)m_\mathrm{H} + Y_p m_{\mathrm{He}} \approx 1.72 m_p la masse effective des baryons dans un mélange de gaz d’hydrogène atomique et d’hélium (notez la ressemblance avec (10)), et γb=5/3\gamma_b=5/3 l’indice adiabatique des baryons car l’hydrogène est sous forme atomique (et l’hélium bien sûr). Pour une transformation adiabatique réversible, avec la loi de Laplace on a Pbρbγb=constantP_b \rho_b^{-\gamma_b}=\cst, la température des baryons TbT_b évolue en :

Pb=nbkBTba3γbP_b = n_b k_B T_b \propto a^{-3\gamma_b}

Or nba3n_b \propto a^{-3} donc la température des baryons évolue en :

Tb=Tdec(aadec)3(γb1)T_b = T_{\mathrm{dec}} \left(\frac{a}{a_{\mathrm{dec}}}\right)^{-3(\gamma_b -1)}

Avec γ=5/3\gamma=5/3, pour les baryons la pression varie en a5a^{-5} et la température en a2a^{-2}. La vitesse du son dans le gaz de baryons s’écrit :

cs2=PbρbSγbργb1=γbnbkBTbnbmbcs(Tb)=γbkBTbmbcc_s^2 = \left.\frac{\partial P_b}{\partial \rho_b}\right\vert_{S} \approx \gamma_b \rho^{\gamma_b-1} = \frac{\gamma_b n_b k_B T_b}{n_b m_b} \Rightarrow \boxed{c_s(T_b) = \sqrt{\frac{\gamma_b k_B T_b}{m_b}} \ll c}

Juste après le découplage des photons et des électrons, la température des baryons est de Tdec=3055KT_{\mathrm{dec}} = 3055\,\kelvin donc la vitesse du son dans le gaz de baryons est d’environ 1.5×105c5km/s1.5 \times 10^{-5}c \approx 5\,\mathrm{km}/\mathrm{s}. Autour de la recombinaison, le changement est de plusieurs ordres de grandeur donc l’évolution des perturbations change drastiquement à cet instant. Puis la température des baryons décroît en a2a^{-2}, du moins tant que le chauffage par le rayonnement interstellaire ne change la donne (autour de z10z\sim 10). La vitesse du son décroît donc en a1a^{-1} dans notre modèle linéaire.

/Users/jneveu/miniforge3/envs/m2-cosmo/lib/python3.11/site-packages/astropy/cosmology/flrw/base.py:1072: IntegrationWarning: The integral is probably divergent, or slowly convergent.
  return quad(self._lookback_time_integrand_scalar, z, inf)[0]
<Figure size 640x480 with 2 Axes>

Figure 4:Vitesse du son dans l’Univers en fonction du facteur d’échelle aa. La légère diminution entre l’équivalence et le découplage est donnée par l’équation (48) (voir encadré). Le calcul est inexact quand on rentre dans le régime non-linéaire de la croissance des structures i.e. lorsque δ1\delta \sim 1 (région grisée). De plus, vers ce redshift également, le gaz de baryons est chauffé par le rayonnement stellaire donc la température des baryons n’évolue plus en a2a^{-2}.

Instabilité de Jeans

Les solutions à l’équation d’évolution des perturbations (38) seront étudiées au prochain semestre, mais on peut déjà étudier leurs comportements à partir de leur relation de dispersion. Recherchons des solutions en ondes planes de la forme :

δei(ωtkσσ)\delta \propto e^{i(\omega t - \vec k_\sigma \cdot \vec \sigma)}

et étudions les solutions dans le domaine de Fourier. La relation de dispersion s’écrit :

ω2+2iHωcs2a2kσ2=4πGρ0-\omega^2 + 2 i H \omega - \frac{c_s^2}{a^2} k^2_\sigma = 4 \pi \GN \rho_0

En négligeant le terme d’amortissement (de l’ordre de l’âge de l’Univers) devant le temps caractéristique d’évolution des perturbations (ωH\omega \gg H), on aboutit à :

ω2=cs2(kr24πGρ0cs2)\boxed{\omega^2 = c_s^2 \left( k_r^2 - \frac{4\pi \GN \rho_0}{c^2_s}\right) }

avec kσ=2π/χ=akrk_\sigma = 2 \pi / \chi = a k_r. C’est la même relation de dispersion que celle des ondes électromagnétiques dans un plasma. On définit le nombre d’onde de Jeans (The Royal Society (1902)) kJk_J et la longueur de Jeans λJ\lambda_J par :

kJ=4πGρ0cs2,λJ=2πkJ=csπGρ0\boxed{k_J = \sqrt{\frac{4\pi \GN \rho_0}{c^2_s}},\quad \lambda_J = \frac{2\pi}{k_J} = c_s \sqrt{\frac{\pi}{\GN \rho_0}} }

Comme l’échelle λ\lambda évolue avec l’expansion (λa\lambda \propto a) ainsi que la longueur de Jeans, la discussion n’est pas aisée à mener le long de l’histoire de l’Univers. Définissons M=4πρ0λ3/3M=4\pi \rho_0\lambda^3/3 la masse dans une sphère de rayon λ\lambda, conservée avec l’expansion, et comparons-la à la masse de Jeans MJM_J :

MJ=43πρ0λJ3cs3G3/2ρ01/2M_J = \frac{4}{3} \pi \rho_0 \lambda_J^3 \propto \frac{c_s^3}{\GN^{3/2} \rho_0^{1/2}}

Nous n’avons maintenant plus qu’une quantité qui varie avec aa :

Le tracé de la masse de Jeans en fonction du facteur d’échelle aa permet de prédire quelles sont les structures pouvant s’effondrer gravitationnellement et celles dont la croissance est empêchée Figure 5 (Weinberg (1989) p. 565).

<Figure size 640x480 with 2 Axes>

Figure 5:Evolution de la masse de Jeans en fonction du facteur d’échelle aa. Le calcul est inexact quand on rentre dans le régime non-linéaire de la croissance des structures i.e. lorsque δ1\delta \sim 1 (région grisée). De plus, vers ce redshift également, le gaz de baryons est chauffé par le rayonnement stellaire donc la température des baryons n’évolue plus en a2a^{-2}.

Décrire la croissance des structures avant la recombinaison contredit l’hypothèse non-relativiste sur laquelle repose notre étude. Cependant, l’échelle de la vitesse du son reste une échelle pertinente et de plus la matière non-relativiste domine après l’équivalence. Sachant cela (et que l’étude relativiste ne donne pas de résultats fondamentalement différents de ce qui suit), on va se permettre de discuter de la croissance des grandes structures dans l’Univers primordial et récent (bien qu’elle soit non-linéaire aujourd’hui).

D’après la Figure 5, on voit qu’avant le découplage des structures ayant la masse d’une galaxie ou d’un amas de galaxie ne sont pas suffisamment lourdes pour s’effondrer (ou alors juste dans les premiers instants de l’Univers). Des ondes de pression les parcourent et elles oscillent. Toutefois après le découplage, la vitesse du son chute de 5 ordres de grandeur. Le découplage des photons gèle les ondes de pression et des structures de la masse de galaxies et même de galaxies naines peuvent commencer leur croissance.

Description statistique des perturbations

Champ gaussien

Décrivons le champ δ(r)\delta(\vec r) dans l’espace de Fourier. Utilisons la convention suivante pour les transformées de Fourier directe et inverse :

δ^(k)=δ(r)eikrd3r\hat{\delta}(\vec{k})= \int \delta(\vec{r}) e^{i \vec k \cdot \vec r} \dd^3\vec r
δ(r)=1(2π)3δ^(k)eikrd3k\delta(\vec{r})= {1 \over (2 \pi)^3}\int \hat{\delta}(\vec{k}) e^{-i \vec k \cdot \vec r} \dd^3\vec k

Le champ en Fourier est un nombre complexe décrit par son module et sa phase que nous noterons :

δ^(k)=δkeiϕk\hat \delta(\vec k) = \vert \delta_k \vert e ^{i \phi_k}

Au moment du Big Bang, on peut penser que la phases sont distribuées de façon aléatoires et indépendantes (pas de couplage entre échelles k\vec k dues à des corrélations statistiques entre modes, voir le chapitre ). Si les perturbations suivent une évolution linéaire, alors les modes évoluent indépendamment les uns des autres : les phases restent des variables aléatoires indépendantes. Or si les phases d’un champ en Fourier sont aléatoires et indépendantes, alors ce champ est appelé champ gaussien. Si on examine la transformée de Fourier inverse (55), on note que le champ dans l’espace réel est le résultat de la somme de variables aléatoires indépendantes donc on peut appliquer le théorème centrale limite : le résultat de la somme suit une distribution gaussienne. Ce champ est donc statistiquement entièrement défini par les deux paramètres de la distribution gaussienne, sa moyenne et sa variance :

δ=0,σ2=δ(r)δ(r)=rδ(r)δ(r)d3r\left\langle \delta \right\rangle = 0, \quad \sigma^2 = \left\langle \delta(\vec r)\delta(\vec r) \right\rangle = \int_{\vec r} \delta(\vec r)\delta^*(\vec r) \dd^3 \vec r

avec δ(r)=δ(r)\delta(\vec r) = \delta^*(\vec r) puisque ce champ est physique donc réel (δ(r)R\delta(\vec r) \in \mathbb{R}). En toute rigueur, la notation \left\langle \ldots \right\rangle désigne une moyenne sur un ensemble statistique de réalisations. Cependant comme nous ne disposons que d’une seule réalisation d’univers, ce sera une moyenne sur un volume avec les échantillons de δ\delta. La moyenne est nulle par définition du contraste de densité, intéressons-nous donc à la variance.

Spectre de puissance de la matière

Le conjugué d’un mode de Fourier s’écrit :

δ(r)=1(2π)3δ^(k)eikrd3k\delta^*(\vec{r})= {1 \over (2 \pi)^3}\int \hat{\delta}^*(\vec{k}) e^{i \vec k \cdot \vec r} \dd^3\vec k

donc la variance se réécrit :

σ2=1(2π)3rδ(r)[kδ(k)eikrd3k]d3r=1(2π)3kδ^(k)[rδ(r)eikrd3r]d3k=1(2π)3kδ^(k)δ^(k)d3k=1(2π)3kδ^(k)2d3k\begin{align*} \sigma^2 & = \frac{1}{(2\pi)^3} \int_{\vec r} \delta(\vec r) \left[\int_{\vec k} \delta^*(\vec{k}) e^{i \vec k \cdot \vec r} \dd^3\vec k\right] \dd^3\vec r \\ & = \frac{1}{(2\pi)^3} \int_{\vec k} \hat \delta^*(\vec k) \left[\int_{\vec r} \delta(\vec{r}) e^{i \vec k \cdot \vec r} \dd^3\vec r \right] \dd^3\vec k\\ & = \frac{1}{(2\pi)^3} \int_{\vec k} \hat \delta^*(\vec k) \hat\delta(\vec k) \dd^3\vec k = \frac{1}{(2\pi)^3} \int_{\vec k} \vert \hat\delta(\vec k)\vert^2 \dd^3\vec k\\ \end{align*}

Pour un champ isotrope, seule la norme du vecteur k\vec k importe donc :

σ2=12π20k3δ^(k)2dkk=0k3δ^(k)22π2dlnk\sigma^2 = \frac{1}{2\pi^2} \int_{0}^\infty k^3\vert \hat\delta(k)\vert^2 \frac{\dd k}{k} = \int_{0}^\infty \frac{k^3\vert \hat\delta(k)\vert^2 }{2\pi^2} {\dd \ln k}

On définit le spectre de puissance de la matière P(k)P(k) par :

δ^(k)δ^(k)=P(k)(2π)3δD(k+k)\left\langle \hat\delta(\vec k)\hat\delta^*(\vec k)\right\rangle = P(k) (2\pi)^3 \delta_D(\vec k + \vec k')

δD\delta_D désigne ici la fonction delta de Dirac, homogène à l’inverse d’un volume. Au sens des distributions, sa transformée de Fourier vaut 1 ce qui permet d’en déduire une formulation sous la forme d’une intégrale:

δ^D(k)=δD(r)eikrd3r=1δD(r)=1(2π)3d3kδ^D(k)eikr=1(2π)3d3keikr\begin{align} \hat\delta_D(\vec k) & = \int \delta_D(\vec{r}) e^{i \vec k \cdot \vec r} \dd^3\vec r = 1 \\ \delta_D(\vec r) & = {1 \over (2 \pi)^3} \int \dd^3\vec k \hat\delta_D(\vec k) e^{i \vec k \cdot \vec r}= {1 \over (2 \pi)^3} \int \dd^3 \vec k e^{i \vec k \cdot \vec r} \end{align}

Le spectre de puissance est donc homogène à un volume : [P(k)]=L3\left[P(k)\right]=\mathsf{L}^3. Pour un champ réel, les modes de Fourier conjugués vérifient δ^(k)=δ^(k)\hat\delta^*(k) = \hat\delta (-\vec k) donc on peut reprendre la définition du spectre de puissance et calculer la moyenne de la norme des modes de Fourier :

δ^(k)2=δ^(k)δ^(k)=kd3kδ^(k)δ^(k)δD(k+k)=kd3k(2π)3P(k)δD(k+k)δD(k+k)=(2π)3P(k)kd3k1(2π)3rd3rei(k+k)rδD(k+k)=P(k)rei×0d3r=VP(k)\begin{align} \left\langle \vert \hat\delta(\vec k)\vert^2\right\rangle & = \left\langle \hat\delta(\vec k)\hat\delta^*(-\vec k)\right\rangle \\ & = \int_{\vec k'} \dd^3 \vec k' \left\langle \hat\delta(\vec k)\hat\delta^*(\vec k') \right\rangle \delta_D(\vec k + \vec k') \\ & = \int_{\vec k'} \dd^3 \vec k' (2\pi)^3 P(k) \delta_D(\vec k + \vec k') \delta_D(\vec k + \vec k')\\ & = (2\pi)^3 P(k) \int_{\vec k'} \dd^3 \vec k' \frac{1}{(2\pi)^3} \int_{\vec r} \dd^3\vec r e^{i (\vec k + \vec k') \cdot \vec r} \delta_D(\vec k + \vec k')\\ & = P(k) \int_{\vec r} e^{i \times 0} \dd^3\vec r = V P(k) \end{align}

avec VV un volume d’intégration, en pratique fini car les mesures ou simulations sont discrètes et réalisées dans un volume fini. Pour un champ isotrope, on peut réaliser la moyenne d’ensemble en moyennant sur les modes k\vec k de même norme kk. On obtient :

P(k)=δ^(k)2k=k/V=δ^(k)2/V\boxed{P(k) = \left\langle \vert \hat\delta(\vec k)\vert^2\right\rangle_{\Vert \vec k\Vert = k} / V = \vert \hat\delta(k)\vert^2 / V }

Le spectre de puissance de la matière à une échelle kk est donc la moyenne des modes de Fourier de même norme. On définit également la variance logarithmique modal comme :

Δ2(k)=k32π2P(k)\boxed{\Delta^2(k) = \frac{k^3}{2\pi^2}P(k)}

C’est la contribution à la variance des modes de norme kk par intervalle logarithmique :

σ2=0Δ2(k)dlnk\sigma^2 = \int_{0}^\infty \Delta^2(k) {\dd \ln k}

Dans le cadre d’une croissance linéaire des structures, les modes de Fourier sont indépendants. Le spectre de puissance de la matière à un redshift zz peut alors s’écrire :

P(k,z)=T2(k,z)Pini(k)P(k, z) = T^2(k, z) P_{\rm ini}(k)

où on définit la fonction de transfert T(k,z)T(k,z) et le spectre de puissance de la matière initial Pini(k)P_{\rm ini}(k). Que peut-il valoir ? Si on fait l’hypothèse qu’au début de l’Univers les perturbations de densité sont aléatoires et qu’il n’y a aucune échelle de distance particulière, une loi de puissance est appropriée :

Pini(k)knsP_{\rm ini}(k) \sim k^{n_s}

Pour les conditions initiales, on va préférer s’intéresser aux perturbations scalaires de la métrique δϕ\delta \phi. Or par l’équation de Poisson δ^k2δ^ϕk\hat\delta \sim k^2 \hat\delta \phi_k. On en déduit le spectre de puissance normalisé des fluctuations scalaires :

Δs2(k)=As(kks)ns1\Delta_s^2(k) = A_s \left(\frac{k}{k_s}\right)^{n_s-1}

Au début des années 1970, les cosmologistes Harisson et Zel’dovitch proposent que toutes les échelles doivent participer également à la variance au début de l’Univers, aucune échelle spatiale ne compte plus que les autres (Harrison (1970), Zeldovich (1972)). Si cette hypothèse est vraie, alors on doit avoir ns1n_s \approx 1.

La prédiction théorique du spectre P(k)P(k) en regardant l’évolution des différentes échelles de perturbations de densité le long de l’histoire de l’Univers est une courbe convexe, présentant une forme en knsk^{n_s} aux grandes échelles (trop grandes pour avoir évoluées) et en k3k^{-3} aux petites échelles (celles qui s’effondrent). La bascule entre les deux régimes est le mode keqk_{eq} correspondant à l’échelle de l’horizon à l’équivalence (voir Figure 6).

Spectre de puissance de la matière mesuré par différentes techniques et comparé aux prédictions théoriques linéaires (trait plein) et non-linéaires (trait pointillé), adapté de doi:10.1093/mnras/stz2310.

Figure 6:Spectre de puissance de la matière mesuré par différentes techniques et comparé aux prédictions théoriques linéaires (trait plein) et non-linéaires (trait pointillé), adapté de Chabanier et al. (2019).

Fonction de corrélation et σ80\sigma_8^0

Le spectre de puissance est relié à la fonction de corrélation dans l’espace physique par les formules suivantes :

ξ(r)=δ(r)δ(r+r)r=r=12π20k2sin(kr)krP(k)dkP(k)=Or2sin(kr)krξ(k)dk\begin{align} \xi(r) & = \left\langle \delta(\vec r')\delta(\vec r'+ \vec r)\right\rangle_{\Vert \vec r\Vert = r} = {1 \over 2 \pi^2 } \int_0^\infty k^2 \frac{\sin(kr)}{kr} P(k) \dd k \\ P(k) & = \int_O^\infty r^2 \frac{\sin(kr)}{kr} \xi(k) \dd k \end{align}

On note que l’autocorrélation redonne la variance du champ : ξ(0)=σ2\xi(0) = \sigma^2, et que cette dernière correspond grosso modo à l’intégrale du spectre de puissance de la matière donc à sa normalisation. La mesure de la normalisation du spectre de puissance est donc une façon de mesurer l’agglomération de la matière : plus le spectre de puissance est élevée, plus la variance du champ de matière est élevé, donc plus la matière est condensée dans des surdensités. D’un point de vue expérimental, le spectre de puissance se mesure par le comptage de galaxies dans des sphères de rayon R=8MpcR=8\,\Mpc:

δR(r)=d3rδ(r)WR(rr),WR(r)={3/(4πR3) si r<R0 si rR\delta_R(\vec r) = \int \dd^3\vec r \delta(\vec r') W_{R}(\vec r - \vec r'), \quad W_R(\vec r) = \left\lbrace \begin{array}{ll} 3/(4\pi R^3) & \text{ si }\Vert \vec r \Vert < R \\ 0 & \text{ si }\Vert \vec r \Vert \geqslant R \\ \end{array}\right.

σR2=δR2(r)=1(2π)30P(k)W^R2(k)4πk2dk=92π2R60P(k)[sin(kR)(kR)cos(kR)]2dkk\sigma_R^2 = \left\langle \delta_R^2(r)\right\rangle = \frac{1}{(2\pi)^3} \int_0^\infty P(k) \hat{W}^2_R(k) 4\pi k^2 \dd k = \frac{9}{2\pi^2 R^6} \int_0^\infty P(k) \left[ \sin(kR) - (kR)\cos(kR) \right]^2 \frac{\dd k}{k}

Aujourd’hui, Tristram, M. et al. (2024) mesure :

σ80=0.8186±0.0221\sigma_8^0 = 0.8186 \pm 0.0221

Comme cette valeur est proche de 1, cela signifie qu’à des échelles plus petites que 8Mpc8\,\Mpc ont est déjà dans un régime non-linéaire de croissance des structures puisque σδ1\sigma \sim \delta \sim 1. Intuitivement, on comprend également que puisque les structures s’effondrent gravitationnellement au cours du temps, la variance du champ de matière augmente donc la normalisation de P(k)P(k) également (Figure 7).

<Figure size 640x480 with 1 Axes>

Figure 7:Évolution du spectre de puissance de la matière linéaire avec le redshift.

Ondes acoustiques dans l’Univers primordial

Avant le découplage, des ondes acoustiques parcourent le plasma primordial. Définissons l’horizon sonore comobile comme :

rsc=0tdeccs(t)dta(t)=zdeccs(z)H(z)dzr_s^c = \int_0^{t_\mathrm{dec}} \frac{c_s(t) \dd t}{a(t)} = \int_{z_\mathrm{dec}}^\infty \frac{c_s(z)}{H(z)}\dd z

la distance comobile maximum parcourue par une onde acoustique depuis le début de l’Univers. Au moment du découplage, elle vaut 150Mpc/adec150\,\Mpc/a_\mathrm{dec} soit rs=adecrsc0.13Mpcr_s = a_\mathrm{dec} r_s^c \approx 0.13\,\Mpc. C’est donc la distance qu’a pu parcourir une onde issue d’une surdensité présente au Big Bang. Cette propagation des ondes se traduit par une corrélation positive sur la présence de matière à cette échelle spatiale fondamentale. Cette échelle se convertit en séparation angulaire sur le ciel, imprimée sur la carte des anisotropies de température du CMB et donnée par :

θs=rsDA(zdec)\boxed{ \theta_s = \frac{r_s}{D_A(z_{\mathrm{dec}})} }

Une échelle dans l’espace des distances donne un spectre de puissance de forme sinusoïdale dans l’espace réciproque. La mesure de la position des maxima dans le spectre de puissance des anisotropie de température du CMB permet d’aboutir à une mesure précise de l’horizon sonore Tristram, M. et al., 2024:

100θs=1.04123±0.00046rad,i.e.θs0.6°100 \theta_s = 1.04123 \pm 0.00046\,\mathrm{rad}, \quad \mathrm{i.e.}\quad \theta_s \sim 0.6\,\degree

La mesure de l’amplitude du spectre ainsi que la pente aux grandes échelles (petits \ell de Figure 10) permet de remonter aux paramètres du spectre de puissance initial :

log(1010As)=3.073±0.061,ns=0.9678±0.0072\log(10^{10} A_s) = 3.073 \pm 0.061, \quad n_s = 0.9678 \pm 0.0072

On note que nsn_s est proche de 1, confirmant l’intuition initiale du spectre de Harisson-Zel’dovitch. Le fait que nsn_s est légèrement inférieure à 1 (à plus de 5\sigma) est une signature des modèles d’inflation (voir chapitre suivant). Enfin, le fait que le second pic soit atténué par rapport au premier et troisième pic est une signature de la présence des baryons, ce qui permet de mesurer :

Ωb0h2=0.02224±0.00025i.e.Ωb0s4.8%\Omega_b^0 h^2 = 0.02224 \pm 0.00025 \quad \mathrm{i.e.}\quad \Omega_b^0s \sim 4.8\%

Figure 8:Evolution temporelle de 10 pics Gaussien sous l’effet de la propagation acoustique.

Figure 9:Evolution temporelle d’un champ Gaussien avec un spectre de puissance initial k(3)\propto k^(-3). A gauche, l’évolution de la carte. Au centre, l’empilement de 1000 vignettes centrés sur des pics initiaux. A droite, l’évolution du spectre de puissance.

Spectre de puissance des fluctuations de température du CMB en fonction du mode angulaire \ell \sim \pi / \theta .

Figure 10:Spectre de puissance des fluctuations de température du CMB en fonction du mode angulaire π/θ\ell \sim \pi / \theta Tristram, M. et al., 2024.

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Illustration de la formation des BAO dans la distribution des galaxies. Credit: DESI collaboration

Profondeur optique

On définit la profondeur optique τ\tau par le rapport du nombre de photons reçus sur Terre sans avoir subis aucune diffusion Thomson N(t0)N(t_0) sur le nombre de photons N(t)N(t) émis à un instant tt:

N(t0)N(t)=eτ\frac{N(t_0)}{N(t)} = e^{-\tau}

avec

τ=tlst0Γγ(t)dt\tau = \int_{t_{\mathrm{ls}}}^{t_0} \Gamma_\gamma(t) \mathrm{d}t

Le temps tlst_{\mathrm{ls}} pour lequel τ=1\tau=1 est appelé temps de dernière diffusion. C’est le temps depuis lequel un photon du CMB n’a plus interagi avec un électron. Plus précisément,

τ(z)=0zΓγ(z)H(z)dz1+z\tau(z) = \int_0^z \frac{\Gamma_\gamma(z)}{H(z)}\frac{\dd z}{1+z}

C’est un des six paramètres du modèle standard Λ\LambdaCDM. En effet, après l’émission du fond diffus cosmologique, on entre dans les Ages Sombres de l’Univers, où l’Univers est transparent mais aucun astre n’émet encore de lumière. Mais avec la naissance des premières étoiles et galaxies, peut-être 150 millions d’années après le Big Bang, le milieu neutre est de nouveau ionisé. Bien que très peu dense, les photons du CMB interagissent de nouveau avec les électrons par diffusion Thomson, ce qui diminue l’amplitude des anisotropies de petites échelles dans le spectre de puissance du CMB, et introduit de nouvelles anisotropies dans les anisotropies de polarisation. C’est le paramètre le moins bien mesuré du modèle Λ\LambdaCDM pour le moment (Figure 12) τ=0.058±0.006\tau = 0.058 \pm 0.006 Tristram, M. et al., 2024, mais il informe sur l’apparition des premiers astres lumineux (Figure 13).

The optical depth to reionization \tau measured as a smearing of the CMB angular power spectrum (d’après https://lambda.gsfc.nasa.gov/education/graphic_history/taureionzation.html, image credit: NASA / LAMBDA Archive Team).

Figure 12:The optical depth to reionization τ\tau measured as a smearing of the CMB angular power spectrum (d’après https://lambda.gsfc.nasa.gov/education/graphic_history/taureionzation.html, image credit: NASA / LAMBDA Archive Team).

<Figure size 640x480 with 2 Axes>

Figure 13:En supposant que l’Univers est de nouveau complètement ionisé, le calcul de sa profondeur optique montre que si aujourd’hui on mesure τ=0.058\tau=0.058 alors la reionization de l’Univers devait être complète autour de zreio7z_{\mathrm{reio}} \sim 7 donnant un début de la formation des galaxies antérieure à 1 milliard d’années après le Big Bang.

Footnotes
  1. si on avait utiliser l’hypothèse isotherme, on utiliserait plutôt l’équation d’état PV=constantPV=\cst et la vitesse du son serait différente d’un facteur γ\sqrt{\gamma}.

  2. avec les ordres de grandeurs de Figure 1 et ρ06 protons/m3\rho_0\sim 6\text{ protons/m}^3, pour une planète δ1032\delta \sim 10^{32} alors que pour un super-amas δ6\delta \sim 6

  3. σ=1σ2σ(σ2σ)\triangle_\sigma = \frac{1}{\sigma^2} \frac{\partial}{\partial \sigma}\left( \sigma^2 \frac{\partial}{\partial \sigma}\right)

    .

References
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  2. Weinberg, S. (1989). The cosmological constant problem. Reviews of Modern Physics, 61(1), 1–23. 10.1103/RevModPhys.61.1
  3. (1902). Philosophical Transactions of the Royal Society of London. Series A, Containing Papers of a Mathematical or Physical Character, 199(312–320), 1–53. 10.1098/rsta.1902.0012
  4. Harrison, E. R. (1970). Fluctuations at the Threshold of Classical Cosmology. Physical Review D, 1(10), 2726–2730. 10.1103/physrevd.1.2726
  5. Zeldovich, Y. B. (1972). A Hypothesis, Unifying the Structure and the Entropy of the Universe. Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, 160(1), 1P-3P. 10.1093/mnras/160.1.1p
  6. Chabanier, S., Millea, M., & Palanque-Delabrouille, N. (2019). Matter power spectrum: from Ly α forest to CMB scales. Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, 489(2), 2247–2253. 10.1093/mnras/stz2310
  7. Tristram, M., Banday, A. J., Douspis, M., Garrido, X., Górski, K. M., Henrot-Versillé, S., Hergt, L. T., Ilić, S., Keskitalo, R., Lagache, G., Lawrence, C. R., Partridge, B., & Scott, D. (2024). Cosmological parameters derived from the final Planck data release (PR4). A&A, 682, A37. 10.1051/0004-6361/202348015
  8. Hu, W., & Sugiyama, N. (1995). Toward understanding CMB anisotropies and their implications. Physical Review D, 51(6), 2599–2630. 10.1103/physrevd.51.2599