Commençons par le cas d’un Univers plat, contenant uniquement de la matière non relativiste. C’est le modèle dit d’Einstein et de Sitter. C’est le plus simple auquel on puisse penser en 1930. La première équation de Friedmann s’écrit :
Avant d’intégrer cette équation différentielle, rappelons nous que les paramètres de densité d’énergie sont liés par une relation de fermeture (94). Par conséquent, dans un Univers plat avec seulement de la matière, on a Ωm0=1. Intégrons maintenant l’équation différentielle entre 0 et un facteur d’échelle a quelconque :
Supposons que l’Univers est vide, ou du moins avec une densité d’énergie totale très faible devant la densité critique. Alors l’Univers doit être courbé puisque dans ce cas :
La cosmologie moderne est née avec la Relativité Générale. Depuis l’écriture de ces équations, les scientifiques ont commencé à décrire mathématiquement l’univers comme un système physique. De nombreux modèles ont été proposés pour décrire les différentes histoires de l’univers.
Lorsque a est petit, nous constatons que a¨ est négatif et que l’expansion décélère. Cependant, lorsque a est grand, a¨>0 et l’expansion de l’univers s’accélère. La transition se produit à :
L’expansion de l’Univers est aujourd’hui bien décrite par le modèle ΛCDM plat (Ωk0=0). Dans le cadre d’un Univers plat, les mesures angulaires réalisées par le satellite Planck sur le fond diffus cosmologique, combinées aux mesures de flux des supernovae de type Ia, et les distances angulaires des oscillations acoustiques de baryons permettent d’inférer le contenu en matière et énergie noire pour un univers plat aujourd’hui (Planck Collaboration et al. (2020), Table 2) :
ce qui est compatible avec un univers strictement plat[2], ou courbe mais avec avec un rayon de courbure très important puisque Ωk0≈k/a02.
Concernant la matière non relativiste, celle-ci peut être séparée en deux contributions: la matière sombre Ωc0=0.2607±0.0020 et la matière baryonique[3]Ωb0=0.0490±0.0003.
Cette dernière équation ressemble à l’équation de conservation de l’énergie mécanique pour un corps massif suivant un mouvement unidimensionnel. Faisons l’analogie :
21Ωk0 est constant avec a peut être identifié comme l’énergie mécanique conservée du corps massif
21H02a˙2 représente l’énergie cinétique du corps massif.
−21aΩm0 ressemble à un potentiel gravitationnel centré autour de a=0.
−21a2Ωr0 est un autre type de potentiel attractif.
−21ΩΛ0a2 est un potentiel harmonique inversé (répulsif) centré autour de a=0.
Figure 1:Energies potentielles dans le cas d’un univers sphérique avec Ωm0=1.
D’après la figure Figure 1, la solution d’Einstein à a=a0 est instable.
Table 1:Energies potentielles dans le cas de modèles à matière seule avec différentes courbures : (en haut à gauche), Ωm0=1.5⇒k=+1 (en haut à droite), Ωm0=0.5⇒k=−1 (en bas)
En analysant les trois tracés de la figure Table 1, nous pouvons dire qu’un univers sphérique composé uniquement de matière s’effondrera nécessairement à un moment donné, quelles que soient ses conditions initiales (nécessité pour Einstein d’ajouter la constante cosmologique). Un univers plat en expansion s’étend indéfiniment et arrête asymptotiquement son expansion à t→∞. Un univers hyperbolique en expansion s’étend également à l’infini.
Le facteur d’échelle de transition est donné par :
Table 2:Energies potentielles dans le cas de modèles à matière seule avec différentes courbures : (en haut à gauche), Ωm0=1.5⇒k=+1 (en haut à droite), Ωm0=0.5⇒k=−1 (en bas)
Selon les valeurs des paramètres, l’échelle de transition se produit dans le futur ou dans le passé. Si la constante cosmologique est positive, les univers en expansion ont une expansion décélérée et, après l’échelle de transition, une expansion accélérée. Si la constante cosmologique est négative, l’univers doit s’effondrer après un certain temps.
Pourquoi l’Univers est-il donc en expansion aujourd’hui? Cela dépend entièrement des conditions initiales, donc en particulier parce que l’univers est né d’un Big Bang. Et pourquoi il y a eu un Big Bang ? On peut laisser libre son imagination: collisions de branes, Dieu, souris pan-dimensionnelles... mais la réponse n’est pas (encore) donnée par les sciences physiques.
La matière baryonique en cosmologie représente la matière ordinaire, faite de protons et de neutrons. Les électrons sont aussi nombreux que les protons mais 2000 fois plus légers, donc ils comptent à peine dans Ωb0.
Planck Collaboration, Aghanim, N., Akrami, Y., Ashdown, M., Aumont, J., Baccigalupi, C., Ballardini, M., Banday, A. J., Barreiro, R. B., Bartolo, N., Basak, S., Battye, R., Benabed, K., Bernard, J.-P., Bersanelli, M., Bielewicz, P., Bock, J. J., Bond, J. R., Borrill, J., … Zonca, A. (2020). Planck 2018 results - VI. Cosmological parameters. A&A, 641, A6. 10.1051/0004-6361/201833910
Balbinot, R., Bergamini, R., & Comastri, A. (1988). Solution of the Einstein-Strauss problem with a \ensuremathΛ term. \prd, 38(8), 2415–2418. 10.1103/PhysRevD.38.2415